Le retour à la croissance n’est ni possible ni souhaitable
Puisque nous vivons dans un monde dont les ressources finies ne sauraient soutenir une croissance sans fin et que nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, nous invitons les salarié-e-s, chômeur-e-s, précaires, étudiant-e-s, retraité-e-s à réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable.

En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu’aucune position politique et aucune revendication qui n’intègre ni le caractère d’impasse du développement économique, ni l’aspect suicidaire de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur. Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale.
Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tou-te-s les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux, syndicats de cogestion, partis opportunistes et autres tenant-e-s de la croissance comme planche de salut.
Le retour au plein emploi n’est ni réalisable ni désirable
Nous voulons ainsi briser le culte de la création d’emplois et de richesses, réhabilité avec le concours de la gauche dite socialiste dans les années 1980. Aucun discours sur l’exploitation et la précarité n’a de sens et d’efficacité s’il fait l’économie de la remise en question du travail et d’une interrogation profonde sur la nature de la production.
La perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d’ordre et des revendications, n’est ni réaliste ni désirable. En effet, le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d’années. Il est évident que le capitalisme ne peut plus créer assez d’emplois pour tou-te-s. Et ceux qu’il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux. De plus, les importants bénéfices des gains croissants de productivité ne profitent toujours qu’à la même classe, pendant que les travailleur-e-s doivent se dévouer encore plus et craindre pour leur avenir.
Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays dits « en voie de développement », où se concentrent le désastre écologique - même si nous ne sommes pas en reste… - et les pires conditions de travail. Dans notre économie de services, fleurissent les emplois de serviteur-e-s : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne », petit-e-s soldat-e-s du management.

Soyons conséquent-e-s, détruisons l’industrie et son monde !
Nous pensons qu’un mouvement social conséquent doit se donner pour but d’aider l’économie à s’effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d’en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc y constituer des milieux de vie où émergent de nouveaux rapports humains et où l’on puisse produire ses moyens de subsistance, hors logique capitaliste et sans le concours de la machinerie industrielle, comme c’est déjà en projet sur la région de Nancy avec le MUSCAD (Mouvement pour Une Société Conviviale, Autonome et Décroissante).
Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l’appareil de production existant, inutiles et nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un refus du capitalisme et un rejet résolu de l’Etat et de ses représentant-e-s, qui sont et seront toujours des obstacles à nos projets d’autonomie.
Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun-e ! Il n’y en aura pas, organisons-nous pour ne plus en avoir besoin !
Que le capitalisme s’effondre !
Que la vie et l’anarchie l’emportent !